*** Rentrée littéraire 2009 ***

Mercredi 26 août 2009




"C'était en juin, le dernier mois de mes vingt ans, dans une salle de cours, au rez-de-chaussée de la Sorbonne, avant le début d'un examen de version d'anglais. Elle s'est faufilée entre les tables, a tournoyé entre les premiers rangs, avant de ralentir, de se rappeler qu'on lui avait donné un nom, de se résoudre à le déchiffrer sur l'un des bristols qui recouvraient le trou des encriers. Elle a repris sa course, pour s'arrêter devant mon pupitre. Nos noms débutaient par la même lettre, nous étions réunis par l'alphabet." C'est ainsi que  le narrateur rencontre la divine Ava, et tombe sous son charme, alors que la jeune fille se laisse plus difficilement séduire. Pendant plus de vingt ans ils entretiendront une relation complexe, tour à tour amis, amants, aimants.


La première partie de ce livre raconte une histoire d'amour assez classique entre un "Gatsby de banlieue" et une jolie Parisienne de bonne famille. L'auteur tente de nous faire partager le sel de cette relation, s'attarde sur le personnage d'Ava, terriblement séduisante mais toujours insaisissable. Quand la liaison amoureuse entre Ava et le narrateur enfin s'achève, commence une autre histoire, presque un autre livre, bien moins conventionnel et plus intéressant. D'amante, Ava devient amie et complice, et débarrassé du thème un peu encombrant des tourments de l'amour,  le style de l'auteur semble enfin se libérer, se déployer: "A mes proches je présentais Ava comme " ma plus ancienne, ma plus fidèle amie". Et parce qu'il m'amusait de la voir arrondir ses prunelles à la face du ciel, je ne manquais jamais d'ajouter en me tournant vers elle: eh oui tu te rends compte? Ca fait plus de vingt ans qu'on se connaît...". Ava ne réalisait pas. Moi non plus. Ces vingt ans qui prenait trois secondes pour les dire et filaient en points de suspension, c'était finalement le bon rythme, la bonne ponctuation. Nos premiers mots prononcés à la Sorbonne n'en finissaient pas. Ava et moi: une phrase ininterrompue qui charriait gens, livres, voyages, aventures...Tous ces moments passés ensemble palpitaient encore dans l'onde de nos voix, de nos rires, à la terrasse des cafés, dans les rues, au bout du fil au milieu de la nuit. Nous aurons tout partagé, sauf des souvenirs. Les souvenirs c'était de la fausse monnaie, des hochets pour les mourants". Et puis Ava disparaît, et le narrateur, privé de son ancre, semble partir à la dérive. Comment accepter d'être ainsi amputé d'une partie de lui même? Les 30 dernières pages sont d'une déchirante sincérité, bien loin du début du roman, qui m'avait paru un peu figé et étriqué. C'est finalement à travers la perte, la soudaine absence, qu'enfin on saisit pleinement le lien si particulier qui unissait Ava et le narrateur. Même si "Les aimants" ne révolutionnera pas la rentrée littéraire, il mérite un détour, juste pour ces quelques pages particulièrement touchantes.

Editions Stock 2009, 100 pages, 13,50€



Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! 

Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici.


Par Solenn
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Mardi 29 septembre 2009





Dans les années 20, le jeune David Martin travaille pour un journal de Barcelone, La vox de la Industria, mais rêve de devenir écrivain. Grâce au soutien du riche et influent Pedro Vidal, il se voit confier l'écriture d'un feuilleton hebdomadaire, qui lance sa carrière littéraire. Il signe alors un contrat avec un duo d'éditeurs, achète la maison dont il rêvait, une grande demeure mystérieuse et fascinante, et peut espérer séduire  enfin la jolie Cristina. Mais le rêve tourne vite au cauchemar, ses éditeurs lui imposant un rythme infernal... Alors qu'il est à bout de forces, un autre éditeur lui propose une forte somme d'argent en échange d'un ouvrage un peu spécial, rien de moins que le texte fondateur d'une nouvelle religion.

 

Contrairement à ce que j'avais pu lire ici ou là avant de me plonger dans ce roman, Le jeu de l'ange n'est pas du tout la suite de L'ombre du vent, même s'il existe une filiation entre ces deux livres (que je vous laisse le plaisir de découvrir) et si on y retrouve quelques ingrédients connus (comme le cimetière des livres oubliés). J'ai été plutôt séduite par le début du roman qui raconte l'ascension du jeune écrivain, et par l'atmosphère que l'auteur prend le temps d'installer: A 1000 lieux des clichés touristiques, Barcelone  apparaît comme une ville mystérieuse et envoûtante, aux rues tortueuses et aux demeures inquiétantes, dans la grande tradition des romans gothiques. Dans cet univers très sombre, le vieux libraire Sempere ou la jeune Isabella apportent une bouffée d'air frais, et j'ai particulièrement aimé ces deux personnages magnifiques, aussi généreux et lumineux que David, papillon de nuit, peut être égocentrique et ténébreux. Malheureusement la suite du roman est plus laborieuse, s'éparpille un peu dans tous les sens, s'attarde sur l' histoire d'amour peu convaincante entre David et Cristina, et finit par s'enliser dans la relation malsaine et semi-fantastique que David entretient avec son éditeur. Le jeu de l'ange n'est pas un mauvais livre, loin de là, mais n'est à mon avis pas à la hauteur de l'attente qu'avait suscité L'ombre du vent.

Robert Laffont 2009, 544 pages, 22€

(Merci à)






Par Solenn
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Vendredi 23 octobre 2009



A la veille de la première guerre mondiale Ted présente sa fiancée à Alex, son meilleur ami. Mais entre Clare et Alex c'est le coup de foudre, immédiat, intense, absolu. Quand la guerre éclate les trois jeunes gens partent séparément pour la France: Clare comme infirmière, Alex comme correspondant de guerre, tandis que Ted part combattre dans les tranchées. Malgré la guerre et l'affection qu'ils portent tous deux à Ted, Clare et Alex entament une relation passionnée et chaotique.

 

Ce résumé ne rend vraiment pas justice au roman, car bien plus que l'histoire d'amour entre Clare et Alex, c'est bien la grande guerre qui est au cœur de ce livre. Les différents points de vue des personnages permettent de l'aborder sous tous ses angles: Dans des hopitaux de fortune Clare accueille les victimes de cette gigantesque boucherie, des jeunes hommes ravagés, littéralement en morceaux, les aidant à mourir plus souvent qu'elle ne les soigne. Alex lui fréquente les états-majors et  les officiers, se heurtant sans cesse à la censure, les autorités refusant que le peuple britannique connaisse l'effrayante réalité des combats, et le sort terrible réservé à ses fils. Ouvrant et fermant le livre quelques pages particulièrement bouleversantes évoquent aussi le rapatriement et l'inhumation du Soldat Inconnu en 1920, et le recueillement d'une nation toute entière. En contrepoint, la passion entre Clare et Alex, animale et destructrice, résonne comme un écho à la guerre et si le thème du triangle amoureux  est assez classique, l'écriture de Carol Ann Lee, d'une précision implacable et tranchante, lui donne du relief. La rafale des tambours est vraiment un très beau roman, ce que j'ai lu de mieux dans cette rentrée littéraire pour le moment.



Editions de la Table Ronde 2009, 395 pages, 22,50€
Lu dans le cadre d'un partenariat entre Blog-O-Book (vous y trouverez d'autres avis de lectrices) et les éditions de La Table Ronde, merci!


Par Solenn
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