"C'était en juin, le dernier mois de mes vingt ans, dans une salle de cours, au rez-de-chaussée de la Sorbonne, avant
le début d'un examen de version d'anglais. Elle s'est faufilée entre les tables, a tournoyé entre les premiers rangs, avant de ralentir, de se rappeler qu'on lui avait donné un nom, de se
résoudre à le déchiffrer sur l'un des bristols qui recouvraient le trou des encriers. Elle a repris sa course, pour s'arrêter devant mon pupitre. Nos noms débutaient par la même lettre, nous
étions réunis par l'alphabet." C'est ainsi que le narrateur rencontre la divine Ava, et tombe sous son charme, alors que la jeune fille se laisse plus difficilement séduire. Pendant
plus de vingt ans ils entretiendront une relation complexe, tour à tour amis, amants, aimants.
La première partie de ce livre raconte une histoire d'amour assez classique entre un "Gatsby de
banlieue" et une jolie Parisienne de bonne famille. L'auteur tente de nous faire partager le sel de cette relation, s'attarde sur le personnage d'Ava, terriblement séduisante mais toujours
insaisissable. Quand la liaison amoureuse entre Ava et le narrateur enfin s'achève, commence une autre histoire, presque un autre livre, bien moins conventionnel et plus intéressant. D'amante,
Ava devient amie et complice, et débarrassé du thème un peu encombrant des tourments de l'amour, le style de l'auteur semble enfin se libérer, se déployer: "A mes proches je présentais
Ava comme " ma plus ancienne, ma plus fidèle amie". Et parce qu'il m'amusait de la voir arrondir ses prunelles à la face du ciel, je ne manquais jamais d'ajouter en me tournant vers elle: eh oui
tu te rends compte? Ca fait plus de vingt ans qu'on se connaît...". Ava ne réalisait pas. Moi non plus. Ces vingt ans qui prenait trois secondes pour les dire et filaient en points de suspension,
c'était finalement le bon rythme, la bonne ponctuation. Nos premiers mots prononcés à la Sorbonne n'en finissaient pas. Ava et moi: une phrase ininterrompue qui charriait gens, livres, voyages,
aventures...Tous ces moments passés ensemble palpitaient encore dans l'onde de nos voix, de nos rires, à la terrasse des cafés, dans les rues, au bout du fil au milieu de la nuit. Nous aurons
tout partagé, sauf des souvenirs. Les souvenirs c'était de la fausse monnaie, des hochets pour les mourants". Et puis Ava disparaît, et le narrateur, privé de son ancre, semble partir à la
dérive. Comment accepter d'être ainsi amputé d'une partie de lui même? Les 30 dernières pages sont d'une déchirante sincérité, bien loin du début du roman, qui m'avait paru un peu figé et
étriqué. C'est finalement à travers la perte, la soudaine absence, qu'enfin on saisit pleinement le lien si particulier qui unissait Ava et le narrateur. Même si "Les aimants" ne révolutionnera
pas la rentrée littéraire, il mérite un détour, juste pour ces quelques pages particulièrement touchantes.
Editions Stock 2009, 100 pages, 13,50€
Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la
rentrée littéraire !
Vous retrouverez donc aussi cette
chronique sur le site Chroniques de la rentrée
littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici.
Par Solenn
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Dans les années 20, le jeune David Martin travaille pour un journal de Barcelone, La vox de la
Industria, mais rêve de devenir écrivain. Grâce au soutien du riche et influent Pedro Vidal, il se voit confier l'écriture d'un feuilleton hebdomadaire, qui lance sa carrière littéraire. Il
signe alors un contrat avec un duo d'éditeurs, achète la maison dont il rêvait, une grande demeure mystérieuse et fascinante, et peut espérer séduire enfin la jolie Cristina. Mais le rêve
tourne vite au cauchemar, ses éditeurs lui imposant un rythme infernal... Alors qu'il est à bout de forces, un autre éditeur lui propose une forte somme d'argent en échange d'un ouvrage un peu
spécial, rien de moins que le texte fondateur d'une nouvelle religion.
Contrairement à ce que j'avais pu lire ici ou là avant de me plonger dans ce roman, Le jeu de l'ange
n'est pas du tout la suite de L'ombre du vent,
même s'il existe une filiation entre ces deux livres (que je vous laisse le plaisir de découvrir) et si on y retrouve quelques ingrédients connus (comme le cimetière des livres oubliés). J'ai été
plutôt séduite par le début du roman qui raconte l'ascension du jeune écrivain, et par l'atmosphère que l'auteur prend le temps d'installer: A 1000 lieux des clichés touristiques, Barcelone
apparaît comme une ville mystérieuse et envoûtante, aux rues tortueuses et aux demeures inquiétantes, dans la grande tradition des romans gothiques. Dans cet univers très sombre, le vieux
libraire Sempere ou la jeune Isabella apportent une bouffée d'air frais, et j'ai particulièrement aimé ces deux personnages magnifiques, aussi généreux et lumineux que David, papillon de nuit,
peut être égocentrique et ténébreux. Malheureusement la suite du roman est plus laborieuse, s'éparpille un peu dans tous les sens, s'attarde sur l' histoire d'amour peu convaincante entre David
et Cristina, et finit par s'enliser dans la relation malsaine et semi-fantastique que David entretient avec son éditeur. Le jeu de l'ange n'est pas un mauvais livre, loin de là, mais n'est
à mon avis pas à la hauteur de l'attente qu'avait suscité L'ombre du vent.
Robert Laffont 2009, 544 pages, 22€
(Merci à)
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