Un artiste reçoit un prix pour l'ensemble de son oeuvre. Seul sur scène, il doit sacrifier au traditionnel discours de remerciement.
Merci, oui, mais à qui, pourquoi, comment? Ces questions et l'ambiguïté du terme ( "Etre remercié" ou "à la merci de"...) font naviguer le personnage entre l’humour et la mélancolie. Il s’interroge sur son métier, sur ces gens qui le jugent, fouille ses sentiments, met à jour ses doutes et ses rancœurs. D'une digression à l'autre, il entre dans une sphère plus intime, évoque la solitude, la sincérité de ses amis ou de sa famille, l'impossibilité de remercier en amour.
Merci est un exercice de style déroutant mais plein de charme. Pennac s’amuse avec le cadre convenu et rigide du discours de remerciement, détourne les règles et repousse les limites du genre. Merci est un monologue doux-amer à savourer, une friandise pour les fans de Pennac!
Gallimard 2004, 127 pages, 13.50€
La petite Marie n'a que cinq ans lorsque son père, l'écrivain Roger Nimier, meurt dans un accident de voiture. Quarante ans plus tard, elle entreprend de dresser le portrait de ce père qu'elle a si peu connu.
A quelques bribes de souvenirs s'ajoutent une carte postale lapidaire, les portraits d'amis écrivains, les confessions des frères de Marie, les traces d'une correspondance, des photos à la Une de Paris-Match… Elle évoque, sans jamais le juger, ce père aux multiples démons, qui privilégiait son travail à sa famille, et pouvait se montrer particulièrement cruel. Sous la plume de la femme mûre, on retrouve les questions, les peurs et les doutes d'une petite fille qui tente de comprendre, de se rapprocher de ce père trop tôt disparu, afin d'apaiser ses propres tourments.
Sur le ton de la confidence, avec beaucoup de sensibilité et de pudeur, Marie Nimier offre un beau témoignage sur l'amour filial.
Gallimard 2004, 170 pages, 14.50€ - PRIX MEDICIS 2004
En 1999, Martin Winckler connaissait son premier succès de librairie grâce à La maladie de
Sachs dans lequel il racontait le quotidien d'un médecin généraliste, Bruno Sachs. Dans Les trois médecins, l'on retrouve notre héros quelques années plus tôt, pendant ses études de
médecine. Parallèlement à une histoire d'amitié entre quatre futurs médecins, leurs amours et leurs emmerdes, Martin Winckler dresse le portrait de la médecine dans les années 70: le carcan
rigide des études, les humiliations et les conflits au sein des facs, le combat pour le droit des femmes (avortement et contraception), la remise en question de la place du médecin et de son
rapport au patient, ou les premiers scandales pharmaceutiques (comme celui du distilbène).
La construction du roman, inspirée de Les trois mousquetaires d'Alexandre Dumas, est assez complexe. Ce roman polyphonique
alterne les époques, les points de vues, les articles médicaux. Les Trois médecins est un livre foisonnant qui réussit le tour de force d'être à la fois divertissant et instructif, porté
par le talent de Martin Winckler pour évoquer des tranches de vies.
P.O.L 2004, 523 pages, 21.90€
A lire également: La maladie de Sachs, 1999, j'ai lu.
Le blog de Martin
Winckler
Quatre personnages abîmés par la vie, un peu sauvages et perdus, tentent de s'apprivoiser: Il y a Camille, femme de ménage et artiste contrariée; Philibert, l'aristocrate désargenté, féru d'histoire et hypersensible; Frank, le cuisinier rustaud qui doit s'occuper de sa grand-mère Paulette, de plus en plus dépendante.
Anna Gavalda séduit par la simplicité de son écriture, la justesse de ses dialogues, le grain de folie de ses personnages. Pas d'effets superflus ou d'intrigue fouillée, elle mise sur l'humour et les sentiments, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Malgré quelques longueurs, c'est un livre qui touche au cœur!
"Ensemble c'est tout" a déjà une belle carrière, puisque plus de 500 000 exemplaires ont été écoulés depuis sa sortie.
Le Dilettante 2004, 603 pages, 22€
A lire aussi: Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, recueil de nouvelles publié chez J'ai lu.
Stock 2005, 228 pages, 19€Auprès d'une autorité silencieuse qu'ils appellent "Votre hauteur", six personnages se succèdent pour évoquer Cormier, musicien et chef d'orchestre célèbre, qui s'était retiré depuis quelques temps dans une ville mystérieuse au bord d'un lac. Au hasard des anecdotes, sa concierge, son ami d'enfance, son impressario, son homme d'affaires, sa femme et sa fille tentent d'établir un portrait de cet homme insaisissable.
L'écriture de Bernard Chapuis est délectable, élégante, pleine d'humour, avec un rien de désuétude. "La vie parlée" est un roman d'atmosphères, celle d'une adolescence vers la fin des années 50, ou celle d'une maison de campagne toujours remplie d'amis.
Insensiblement pourtant ce roman a fini par me lasser, le mystère et l'anecdotique par m'agacer: De nombreuses questions restent en suspens, sur l'origine de ces auditions ou la personnalité de Cormier. On n'en saura guère plus, et ce roman, malgré toutes ses qualités, laisse le lecteur un rien frustré.
Mathilde quitte la région parisienne pour le petit village de Malesaygues. Loin de la fameuse "qualité de vie" dont elle rêvait, elle se heurte rapidement à des gens "bornés et intolérants". Son histoire d'amour avec Fred va mettre le feu aux poudres et déchaîner les mauvaises intentions. La mesquinerie et la jalousie, les rancœurs et les frustrations des uns et des autres vont rogner peu à peu les idéaux de Mathilde.
Fred et Mathilde est une comédie grinçante dans laquelle chacun en prend pour son grade, la parisienne comme les autochtones, tous engoncés dans leurs a priori. La galerie de personnages est jouissive: une veuve joyeuse qui rêve d'une croisière au Groenland, un cadre hémorroïdaire, une aristocrate paumée, un bébé hurleur aux yeux globuleux, une patronne de bar dépressive, un vieil homme méchant… Sous la plume pleine d'humour de Corinne Roche, le quotidien de cette communauté bigarrée touche, amuse, désole. Un joli roman, auquel je reprocherais cependant un final un peu abrupt et frustrant!
Editions Héloïse d'Ormesson, 2005, 226 pages, 19€
Sélection Prix Elle 2006
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Après la mort de son fils et de sa belle-fille, Monsieur Linh quitte son pays ravagé par la guerre. Il emmène avec lui sa petite-fille Sang Diü ("matin doux"), sa seule raison de vivre désormais. Hébergé dans un dortoir impersonnel, il découvre un nouveau pays où tout lui est inconnu, froid, sans odeur ni saveur. Un jour pourtant, il rencontre Monsieur Brac, un homme bavard et chaleureux qui vient de perdre sa femme. Au-delà de la barrière de la langue, les deux hommes vont unir leurs solitudes.
Ce roman commence de manière déconcertante, comme un gentil conte un brin désuet et simpliste. L'écriture est sobre à l'extrême, et l'on suit les petits pas de Monsieur Linh avec compassion et tendresse, mais sans passion, en se demandant où nous mène ce charmant vieux monsieur. Et puis brusquement, une révélation inattendue apporte une profondeur vertigineuse au personnage. Les thèmes de la solitude, de l'amour ou du deuil prennent une nouvelle dimension et l'on saisit alors toute la force de ce portrait fragile et délicat.
Stock 2005, 159 pages, 15.50€
Anne, une femme d'âge mûr, s'apprête à visiter une maison à vendre sur la côte Atlantique. La trentième en quelques mois... A chaque visite, elle parvient à voler quelques heures de solitude entre ces différents murs. Qu'y cherche t'elle exactement? Installée dans le petit hôtel du village, elle évoque quelques rencontres éphémères, la douceur d'instants volés, le temps qui suspend sa course. Et lentement le passé se mêle au présent: un père mystérieux, les querelles constantes entre ses parents, une enfance marquée par la guerre...
L'écriture est juste et délicate, créant une belle atmosphère empreinte de mélancolie… Chaque mot est pesé, chaque phrase ciselée, un vrai travail d'orfèvre! Si le style force l'admiration, je reste plus dubitative sur l'histoire elle-même: hormis quelques passages intéressants sur l'enfance de la narratrice, j'ai eu du mal à m'attacher à l'héroïne, à comprendre sa quête. Plus on avance dans le roman, plus les sentiments s'éparpillent et plus le personnage nous échappe. Malgré de jolies qualités de narration, ce roman n'est donc pas vraiment parvenu à me toucher.
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